Paris, le 27/10/06
Monsieur Philippe Douste-Blazy
Ministre des Affaires étrangères
Monsieur le Ministre,
La Plateforme des ONG françaises pour la Palestine tient à souligner son inquiétude concernant vos déclarations relatives à la construction du Mur par le gouvernement israélien en Cisjordanie. Ces déclarations, non démenties, sur l’antenne de « TFJ » le jeudi 19 octobre sont en contradiction avec les engagements de la France au regard du droit international et ignorent la réalité des conséquences de la construction du Mur.
Nous vous rappelons que la Cour internationale de justice (CIJ), dans son avis du 9 juillet 2004, a affirmé que « Israël ne peut se prévaloir du droit de légitime défense ou de nécessité comme excluant l’illicéité de la construction du mur (...) En conséquence la Cour juge que la construction du mur et le régime qui lui est associé sont contraires au droit international ».
La Plateforme des ONG françaises pour la Palestine rappelle qu’à la suite de la décision de la CIJ, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté le 20 juillet 2004, la résolution ES-10/15, qui demande au gouvernement israélien et à tous les Etats membres des Nations unies de se conformer aux obligations de la Cour.
Votre récente prise de position nie le droit international et contredit la position officielle de la France, qui s’était alors félicitée de l’adoption de cette résolution.
Le Mur sépare davantage les Palestiniens entre eux que les Palestiniens des Israéliens : il piège plus de 60 000 personnes entre la Ligne verte et le Mur, enferme plusieurs dizaines de milliers de personnes dans leurs localités, sépare 100 000 Palestiniens de la périphérie de Jérusalem du centre de la ville. Il déstructure le tissu social palestinien.
Vous ne pouvez ignorer que le Mur, en renforçant la colonisation, en isolant totalement Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, rend impossible la création d’un Etat palestinien viable et indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale et donc toute perspective de paix dans la région.
Monsieur le Ministre, vous dites ne plus avoir le droit de condamner la construction du Mur en Cisjordanie. Pourtant, en France et en Europe, la mobilisation citoyenne et parlementaire contre le Mur est sans précédent. Depuis septembre 2003, la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine alerte la population française et ses élus sur les conséquences immédiates et à venir de la construction du Mur, dans le cadre de la campagne internationale contre le Mur et pour la fin de l’occupation des Territoires palestiniens, « Stop the Wall ! ».
En France, plus de 300.000 citoyens français dont 79 parlementaires, ont signé les différentes pétitions contre le Mur. En janvier 2005, lors d’une rencontre avec les représentants de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, M. Jean-Louis Debré a, sans ambiguïté, réaffirmé la condamnation du Mur par la France aux Nations unies et considéré que la France et l’UE devaient peser sur la relance du processus de paix.
Nous considérons, Monsieur le Ministre, que votre déclaration risque de favoriser encore la politique unilatérale israélienne et de décrédibiliser les tentatives diplomatiques internationales, dont celles de la France, de parvenir à un règlement du conflit sur la base du droit international.
Nous vous remercions de l’attention que vous prêterez à ce courrier et nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.
M. Bernard Ravenel,
Président de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine