15 juillet 2010

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Réponse de Nicolas Sarkozy - Positionnement sur le conflit israélo-palestinien

Je crois d’abord utile de rappeler quelques vérités premières :

-  Le conflit israélo-palestinien met aux prises deux revendications, deux droits qui sont également incontestables et légitimes, car ils puisent leurs racines dans l’histoire : le droit du peuple juif et celui du peuple palestinien à avoir leur Etat.

-  Ces droits ont été reconnus par la communauté internationale : Israël a été créé par les Nations-Unies au sortir de la deuxième guerre mondiale et il existe aujourd’hui un consensus international, y compris en Israël, pour que les Palestiniens aient aussi leur Etat. On ne trouvera donc pas la solution en opposant le droit des Israéliens et celui des Palestiniens à avoir leur Etat, mais en les conciliant. L’objectif, comme l’a rappelé à plusieurs reprises le Conseil de sécurité des Nations-Unies, consiste "en deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité".

Ceci implique que chacun des protagonistes reconnaisse le droit de l’autre. Personne ne saurait perdre de vue deux réalités fondamentales : d’un côté, le terrorisme dont est victime la population israélienne est inacceptable et, de l’autre, un peuple occupé ne renoncera jamais, quoi qu’il endure. Les Palestiniens doivent donc renoncer à la violence et Israël à sa politique d’implantation qui hypothèque l’avenir. C’est pourquoi, il importe d’adopter une position équilibrée. Je défendrai donc avec la même énergie, d’une part, le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat et, d’autre part, la sécurité d’Israël.

A nos amis palestiniens, je veux dire que l’existence et la sécurité de l’Etat d’Israël ne sont pas négociables et que rien ne peut justifier la violence. Les terroristes qui prétendent agir en leur nom et pour leur bien sont en fait les véritables ennemis des Palestiniens car ils les privent d’une paix à laquelle ils aspirent et ont droit. C’est la raison pour laquelle la France, avec l’ensemble de la communauté internationale, a posé comme condition à la reprise du dialogue avec le gouvernement palestinien que ce dernier respecte les trois conditions posées par le Quartet : la reconnaissance d’Israël, le renoncement à la violence et le respect des accords antérieurs.

Nous devons cette même franchise à nos amis israéliens. La poursuite d’une politique de faits accomplis sur le terrain est contraire aux intérêts de long terme d’Israël. Une telle politique hypothèque lourdement l’avenir : en renforçant les antagonismes, elle éloigne chaque jour un peu plus la possibilité d’une paix négociée. Israël doit se tenir prêt à faire les concessions nécessaires pour permettre aux Palestiniens d’établir un Etat viable. Mais les Palestiniens doivent aussi de leur côté reconnaître sans équivoque le droit d’Israël à exister, et à vivre dans la sécurité. Sur cette base, je suis convaincu qu’une solution pourra être trouvée, et je relève aussi que c’est la volonté de l’immense majorité des deux peuples. Je crois de façon plus générale que la paix ne sera trouvée que dans la coopération économique entre Etats voisins.

La relance d’un processus pour l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient apparaît plus que jamais urgente. Ni le statu quo, ni les actions unilatérales ne sont viables. Ma conviction est que la seule solution durable passe par une paix juste, donc négociée, avec l’établissement de deux Etats viables, démocratiques, indépendants, vivant côte à côte dans la sécurité et dans des frontières sûres et reconnues. Il faut rétablir la confiance aujourd’hui disparue entre les parties. C’est le rôle de la communauté internationale, qui doit offrir à chaque partie la garantie que ses intérêts vitaux seront respectés dans ce processus.

Dans cette phase cruciale, la France et l’Union européenne doivent apporter leur appui au Président de l’Autorité palestinienne. Ce dernier est le seul interlocuteur possible pour la reprise d’un processus de paix. Par ailleurs, aucune avancée notable n’est possible sans la libération du soldat Shalit.

Les pays européens ont un rôle à jouer. L’UE a poursuivi son aide aux populations palestiniennes et l’a même accrue en 2006, par le biais d’un mécanisme qui lui a permis de la distribuer sans passer par les ministères détenus par le Hamas. En 2006, le montant de l’aide européenne a ainsi été de 150 millions d’Euros supérieur à l’année d’avant (650 millions contre 500 en 2005). L’UE ne doit pas être seulement un "payeur" mais également un véritable acteur : elle peut et doit contribuer à la relance du processus politique, par exemple en proposant aux deux parties de participer au règlement final.

La France a un rôle important à jouer. Mais elle n’a pas de leçon à donner et elle ne peut évidemment pas se substituer aux Israéliens et aux Palestiniens pour faire la paix et décider de leur avenir à leur place. Notre rôle, à titre national ou à travers l’Union européenne, doit avant tout être celui d’un facilitateur, en utilisant nos bonnes relations avec les deux parties pour les encourager à faire les gestes nécessaires pour recréer la confiance et faire ensuite les concessions qui seront indispensables pour parvenir à une solution juste. L’implication des Etats arabes modérés est une perspective intéressante. Avec la montée en puissance de l’Iran, l’instabilité en Irak, la montée de l’intégrisme, les voisins arabes semblent maintenant prêts à véritablement s’impliquer. Nous devons suivre ce mouvement de près et l’accompagner.

La question des réfugiés palestiniens est fondamentale, tant pour les populations concernées que pour les pays qui ont accepté de les accueillir. Cette question complexe n’est, par définition, pas séparable du règlement du conflit israélo-palestinien. Et celui-ci ne pourra être résolu de manière durable que dans le cadre d’une négociation globale. Je crois qu’il faut laisser toute sa place à la négociation. Il ne sert à rien de vouloir faire du règlement de la question des réfugiés un préalable à la négociation ; c’est l’objet même de cette négociation. La région n’a plus besoin de slogans, elle a besoin de solutions. C’était d’ailleurs toute l’intelligence de l’initiative de paix saoudienne de 2002 que de laisser à la négociation le soin de régler des questions aussi délicates que celle des réfugiés.

Le plan de paix saoudien de 2002 représente une très bonne initiative, reconnue comme telle par la communauté internationale. Il repose sur un principe simple, celui de l’échange des territoires contre la paix, avec la création d’un Etat palestinien indépendant dans les frontières de 1967. Ce plan laisse aux parties le soin de discuter des points les plus délicats, comme la question des réfugiés par exemple. Son ambition est, au-delà du règlement du conflit, la « normalisation » des relations avec Israël. C’est un point capital, car la paix ne pourra se construire durablement dans la région que si tous les acteurs reconnaissent et respectent l’existence d’Israël. Je me réjouis que le plan de paix saoudien ait été récemment réactivé au Sommet de Riyad, car la paix ne pourra se construire durablement que si tous les pays de la région sont impliqués dans le dialogue.



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