Réponse d’Olivier Besancenot Elections 2007 - Le droit pour la paixI Il n’y aura pas de paix durable entre Palestiniens et Israéliens sans justice. La reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien passe évidemment par la satisfaction des revendications de ses organisations nationales : l’évacuation des territoires occupés en 1967, la destruction des colonies et du mur qui annexe une très grande partie de la Cisjordanie et de Jérusalem, l’instauration d’un État palestinien sur l’intégralité de la Cisjordanie et de la bande de Gaza avec Jérusalem-Est pour capitale, le droit au retour des réfugiés. L’arrêt de la politique de force ouverte et de colonisation pratiquée par le gouvernement israélien ne peut être imposé dans le seul cadre d’institutions internationales qui, à l’instar du Conseil de sécurité, dépendent étroitement des principales puissances de la planète, à commencer par les Etats-Unis. Si un gouvernement réellement de gauche aurait, tout naturellement, pour devoir d’user de tous les moyens à sa disposition pour défendre une politique fondée sur le droit, son action, ses initiatives et ses prises de position devraient avant tout se fixer l’objectif d’encourager l’intervention des peuples et la pression des opinions, seules à même de transformer durablement le rapport de force international. Le mouvement contre la guerre en Irak, en 2003, a démontré, par sa puissance et son caractère planétaire, que les peuples ont les moyens de peser sur la politique des gouvernants et de mettre un terme à la stratégie de « guerre sans limites » qui se révèle le corollaire de la mondialisation libérale. C’est le développement d’une telle mobilisation et son extension que favoriserait un gouvernement soucieux, en France, du droit des peuples à disposer de leur destin. II Seules des sanctions politiques, économiques et diplomatiques peuvent contraindre le gouvernement d’Israël à renoncer à la construction du mur, à détruire les parties déjà construites de ce dernier, à évacuer les territoires occupés, à renoncer à la politique d’apartheid et de négation des droits fondamentaux du peuple palestinien. Nous préconisons, en ce sens et en premier lieu, la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, ainsi que l’arrêt immédiat de toute forme de coopération militaire avec l’État d’Israël tant que seront bafoués les droits de l’Homme et les droits nationaux du peuple palestinien. Naturellement, ayant participé à toutes les mobilisations sur ce terrain, notamment à l’occasion de leur dernière grève de la faim, la LCR se bat pour la libération de tous les prisonniers palestiniens qu’elle considère comme des prisonniers politiques et des prisonniers de guerre, détenus le plus souvent au mépris des dispositions de la Convention de Genève. III Nous participons à la campagne du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens contre la construction du tramway colonial de Jérusalem. Avec les autres composantes du collectif, en lien avec les organisations syndicales des entreprises concernées, nous avons exigé du gouvernement français qu’il intervienne, comme il en a les moyens (ainsi que cela a été amplement démontré), auprès des firmes françaises auxquelles ce marché a été attribué, afin que soit mis un terme à cette collaboration inacceptable avec l’entreprise israélienne de colonisation et d’annexion des territoires palestiniens conquis en 1967. IV Les députés européens de la LCR avaient joué un rôle actif dans le vote du Parlement européen sur cette question. Nous avons, depuis lors, constamment dénoncé le refus de la Commission européenne, du Conseil européen et de chacun des gouvernements de l’Union européenne - à commencer par le gouvernement français - d’appliquer cette recommandation des parlementaires européens. Cela nous conforte d’ailleurs dans l’appréciation que nous portons sur l’Union européenne actuelle : loin de construire un espace de coopération autant que de citoyenneté entre les peuples du continent, loin de représenter un levier pour promouvoir la paix, la justice et le droit à l’échelle internationale, elle se fait le relais de l’ordre marchand et impérialiste qui prévaut sous l’égide des Etats-Unis. Un gouvernement réellement de gauche exigerait immédiatement des autres gouvernements européens la suspension de l’accord d’association, en conformité avec le vote de l’Assemblée européenne. V Les mesures prises à la suite d’élections au caractère démocratique reconnu sont intolérables en ce qu’elles contribuent à l’asphyxie de la société palestinienne, à un surcroît de souffrance pour la population des territoires palestiniens, à l’isolement international d’un peuple déjà spolié de ses droits. Quelle que soit l’appréciation que l’on porte sur le projet de société défendu par le Hamas, il n’existe pas la moindre légitimité, pour l’administration américaine comme pour les dirigeants de l’Union européenne, à s’ériger en censeurs du vote des Palestiniens, alors qu’ils se sont constamment rendus complices d’une politique israélienne ayant auparavant systématiquement consisté à détruire l’Autorité palestinienne et à contester la représentativité de tous ses gouvernements élus. Les aides européennes à l’Autorité palestinienne doivent donc être intégralement rétablies, une pression doit être exercée sur l’État d’Israël pour imposer la restitution des taxes revenant au gouvernement palestinien, et la « communauté internationale » doit intervenir pour la libération des élus et ministres palestiniens arrêtés en toute illégalité, au regard même du droit international, par les autorités israéliennes. VI C’est aux Palestiniens, et à eux seuls, de déterminer s’ils souhaitent ou non une intervention internationale et la nature de celle-ci. L’exemple de la Finul au Liban prouve à quel point le recours à des troupes étrangères peut s’avérer en contradiction avec l’intérêt national des peuples, si le cadre de l’intervention internationale, autant que les États appelés à jouer un rôle sur le terrain, ne s’inscrivent pas dans une logique de justice et d’autodétermination. En tout état de cause, si un règlement politique de la guerre de Palestine doit se trouver garanti par une force internationale de paix, il ne peut être question d’interposition - ce qui supposerait que l’on soit en présence de deux parties portant à égalité la responsabilité du conflit -, mais de protection d’un peuple qui subit depuis des décennies agressions et oppression. Et pour qu’une mission de protection ait un sens, elle devrait reposer sur l’application des résolutions des Nations unies, être placée sous le contrôle de l’Assemblée générale des Nations unies - et non d’un Conseil de sécurité au sein duquel Washington dispose d’une suprématie indéniable - et, surtout, être composée de troupes provenant de pays n’ayant aucun intérêt dans le conflit. VII Seule une conférence internationale ayant pour objectif l’application des résolutions onusiennes bafouées par Israël et ignorées des États-Unis aurait aujourd’hui un sens. Ces résolutions concernent les territoires palestiniens occupés en 1967, le statut de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés de 1948 et 1967, la question du Golan et, s’agissant du Liban, dont la situation est étroitement liée à celle de la Palestine, le règlement définitif du problème des fermes de Chebaa et des collines de Kfarchouba ainsi que la libération des prisonniers. Si l’Union européenne doit agir, c’est en ce sens, et c’est à l’Assemblée générale des Nations unies que devrait revenir la charge d’organiser une telle conférence et de garantir ses conclusions. VIII Nous sommes partisans d’un processus mondial de dénucléarisation. Les orientations du pouvoir actuellement en place à Téhéran, la répression conduite contre les forces démocratiques à l’intérieur du pays, les diatribes belliqueuses et antisémites du président iranien ont incontestablement de quoi inquiéter. Cela dit, on ne peut aujourd’hui préconiser le désarmement d’un État, ou s’opposer à ce qu’un État accède au statut de puissance nucléaire, sans poser d’emblée la question des arsenaux nucléaires des grandes puissances, lesquels possèdent la faculté d’anéantir plusieurs fois la planète. On ne saurait traiter de la prolifération nucléaire dans les pays du Sud en ignorant la politique de surarmement dans laquelle les États-Unis ont entraîné l’ensemble des puissances développées du Nord, hier en vertu de l’affrontement Est/Ouest, aujourd’hui au nom du « choc des civilisations » et de l’affrontement entre « le Bien et le Mal ». La création de zones dénucléarisées, au Proche ou au Moyen-Orient (mais aussi en Europe), doit donc être conçue comme une disposition transitoire dans le cadre d’un processus global de dénucléarisation. En tout état de cause, s’agissant du Proche et du Moyen-Orient, on ne saurait poser le problème du nucléaire iranien sans imposer à Israël de renoncer à son propre armement atomique, cet État développant une politique agressive qui constitue une menace permanente pour la paix, la sécurité des peuples et la stabilité de l’ensemble de la région. |
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